Les jardins de l'avenir - Musée de Salagon

Publié le par Michel Brassinne - (c) ethnobotanique.com & fr

lundi 20 septembre 2010.
Les jardins de l'avenir selon Gilles Clément et Pierre Lieutaghi
Publié le lundi 20 septembre 2010 à 15H22

Deux "pointures"réunies à Salagon pour les journées du patrimoine. Complet!

 
On a dû refuser du monde samedi après-midi au prieuré de Salagon où Gilles Clément "pointure mondiale" du paysage et Pierre Lieutaghi ont évoqué l'avenir de nos jardins et de la nature.

Photo J-P.T.

 
Gilles Clément, paysagiste connu dans le monde entier, en conférence au prieuré de Salagondans le cadre des Journées du patrimoine; l'affiche était d'importance pour bien des gens. Comme si Jean Nouvel, le célèbre architecte contemporain venait pour parler matériaux du futur au sein des vieilles pierres, mémoires de la Haute-Provence. Ajoutez-y l'ethnobotaniste passionnant qu'est Pierre Lieutaghi concepteur du jardin médiéval du prieuré, et vous obtenez une rencontre du 3e type suivie par une affluence "dingue" en ce lieu sacré.

"Mauvaise herbe n'est plus dans mon vocabulaire, nous a-t-il confié en préambule; soulignant au passage que la diversité des plantes est notre avenir et qu'une plante tropicale peut très bien vivre ailleurs. "C'est une réalité biologique! On fait d'ailleurs des expériences en ce sens dans le Var. "Mais c'est la notion de friche, souvent assimilée au désordre - notamment par les promoteurs immobiliers - qui semble particulièrement séduire ce paysagiste engagé, dont l'ambition est de balayer les a priori.

"À Buenos-Aires, une friche est devenue un parc naturel régional via la variété d'espèces qu'elle a pu générer en laissant la terre au repos. Ainsi, un vaste projet immobilier n'a pas vu le jour pour cette raison." En revanche, pour Gilles Clément, certains paysages mêlent à l'envi, la liberté et la mort. À l'image du mur de poteaux métalliques séparant les États-Unis du Mexique, qui se termine dans l'Océan. "Les enfants jouent à passer et repasser d'un côté, et certains en sont morts… dit-il. Il n'y a que les plantes (souvent d'origine méditerranéenne) qui passent la frontière sans dommages."

Un constat en osmose avec celui de Pierre Lieutaghi qui a rappelé, non sans humour, qu'ici, on ne reconduisait pas encore les plantes à la frontière.

 

Extrait du quotidien La PROVENCE

 

Commentaire...

 

Les plantes sont comme les Hommes : elles migrent. Et pour paraphraser Pierre Lieutaghi, "on ne les reconduit pas à la frontière". C'est même l'un des atouts fondamental de la graine que d'être un véhicule espace-temps qui se moque bien des frontières.

Temps, parce qu'elles peuvent attendre des millénaires un biotope favorable (commes les graines découvertes dans le sarcophage de Toutankhamon, qui ont germées).

Espace, car celles d'entre elles dont la génétique leur a permis de résister à la sélection naturelle (clin d'oeil à Darwin),

elles sont conçues pour se disperser : par les vents (pissenlit, logo de Larousse), accrochées aux vêtements (bardane qui donna  l'idée du Velcro), sous les chaussures des marins, sur les rats qui quittent les navires arrivés à bon port.
Voire transportées volontairement par des Hommes. C'est le cas de la plupart des légumes de nos potagers (tomate, pomme de terre, courgette, aubergine, etc.) rapportés comme des trophées par les Conquistadors. Ce n'est pas sans rappeler que l'on fait aussi migrer des populations (les bateaux affrétés par Renault-Billancourt pour faire venir les OS d'Algérie). On ne dit pas des plantes qu'elles sont immigrées mais qu'elles sont "adventices" (je lis :"Une adventice est, en botanique, une espèce végétale étrangère à la flore indigène d'un territoire"). Un adjectif qui ne qualifie finalement que les plantes récemment installées. Les autres font partie du paysage, elles paraissent avoir été là de tous temps et ne sont plus des adventices dans l'esprit de celles et ceux qui les regardent. Peut être en va-t-il ainsi des Hommes ?

J'ai envie de mettre en exergue, d'accoler au mot ethnobotanique, même sans avoir le talent de La Fontaine : je me sers des Plantes pour instruire les Hommes...
 
MB

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